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Whit Stillman : Austen Power !

VIDEO | 2016, 11' | Déjà observateur amusé des mondanités new-yorkaises (Metropolitan, Les Derniers jours du disco), Whit Stillman se téléporte en pleine époque georgienne et revisite Jane Austen avec Love & Friendship. Il nous raconte comment il a retrouvé dans le texte de Lady Susan une ironie mordante qu'ils ont en commun.

Une Nouvelle Austen

L'intérêt d'adapter cette nouvelle précoce (et inachevée) de Jane Austen, où apparaît la brillante et invincible Lady Susan Vernon, était d'ajouter un volume au rayon de ses grandes œuvres de maturité, fût-ce sous la forme d'un film. Ce texte de jeunesse évoquait plutôt un Oscar Wilde féminin façon XVIIIè siècle ou les pièces d'Evelyn Waugh que ce qu'on attend habituellement de Jane Austen. L’œuvre est une mine d'humour mais sa forme épistolaire originelle - très répandue à l'époque - rendait difficile l'extraction de ces richesses. Les premières ébauches de ses chefs d’œuvres Orgueil et Préjugés et Raison et Sentiments étaient dans la même veine.

Alors qu'elle délaissait la forme épistolaire, Jane Austen a commencé à former ses titres à partir de concepts massifs et plus seulement d'après les noms de ses personnages.

Love & Friendship : Un titre Austenien

Le neveu de Jane Austen avait baptisé Lady Susan ce manuscrit sans titre lorsque sa famille autorisa sa publication, cinquante ans après sa mort. Pour notre film, où apparaissent plus de personnages et où la narration est élargie, nous avons préféré le titre plus austenien de Love & Friendship - emprunté à une autre de ses nouvelles de jeunesse, Love and Friendship. Comme dans la version de 1805 Jane Austen avait "bouclé" son récit de façon sommaire et sous forme de résumés, l'adjectif d' "inachevé" prend ici tout sons sens : sans titre et laissé à l'abandon.

Genèse

Au départ, c'était une plaisanterie, presque un passe-temps amusant et qui n'intéressait personne. En 1998, je vivais à Paris pour travailler sur un projet d'envergure internationale qu'il semblait logique de produire hors de Londres. Après quelques années, je me suis retrouvé dans une impasse et j'ai eu besoin de me retrouver seul et de plancher sur un projet à long terme, de m'affranchir des délais serrés, [des problèmes de droits et de tous ces films pensés dans l'inconfort et l'incertitude.

Mais même quand on travaille en solitaire, il est bon d'avoir de la compagnie. Pour d'autres raisons, je m'étais plongé dans l'oeuvre de Jane Austen et j'avais eu le plaisir de découvrir Lady Susan Vernon et ses némésis DeCourcy. Un jour que je trinquais avec de jeunes amis écrivains, l'une d'eux était venue avec son compagnon, Trevor Brown, qui avait soutenu de toutes petits projets théâtraux (pricipalement au Jermyn Street Theatre, qui ne peut accueillir sur scène que trois acteurs). Convaincu qu'en chaque petit producteur de théâtre de sommeille un producteur de films confidentiels à maturation lente, je lui ai chanté les louanges de de Lady Susan et l'ai mis au défi d'en financer une adaptation. Trevor, qui a des airs de jeune Hugh Grant écossais a accepté et m'a aidé à m'atteler au scénario et m'a encouragé à développer le personnage de Frederica. "La clef, c'est Frederica, disait-il. Puis Trevor s'est marié avec sa fiancée américaine, est parti à New York. Il travaille aujourd'hui à la préservation des ressources naturelles mais figure au générique comme Producteur associé et dramaturge.

Des jours sans fin

Faire aboutir ce scénario aurait pu se transformer en cauchemar dans le cadre habituel des contraintes et des dates limites. Ce fut un plaisir et un refuge loin de toute pression. Le script devait aussi à Jane Austen d'être amusant à lire, qu'on se contente d'extrait ou qu'on le lise en entier, de sorte que les premières versions étaient déjà plaisantes ou du moins pas trop ennuyeuses.

De temps à autre, je me disais que le projet était fin prêt et même ses premières versions ont suscité l'enthousiasme. Puis je me disais qu'on était loin du compte et je retournais à la mine.

Heureusement, des projets avançaient, comme Damsels in Distress ou d'autres travaux alimentaires. Cela permettait à mon adaptation de demeurer en jachère, ce qui est toujours utile.

Dublin

Au XVIIIè siècle, Dublin était la deuxième ville de l'Empire britannique. Particulièrement riche, elle recelait des quartiers georgiens toujours existants. Tout autour s'élèvent de magnifique châteaux et de grandes maisons de caractère, décors idéaux pour tourner des films d'époque sans perdre trop de temps dans les transports. Les équipes locales sont d'ailleurs très expérimentées en matière de films à costumes.

Ma fille aînée ayant longtemps résidé à Dublin pendant ses études de droit à Trinity College et plus tard pour travailler, j'étais familier de la ville j'aimais particulièrement transiter par Dublin lors de mes voyages en Europe. Des adaptations de Jane Austen ainsi que d'autres films se déroulant à l'époque georgienne y avaient été tournés avec beaucoup de réussite.

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