" Ce pourrait être un puzzle, mais dont les pièces s’assembleraient au mépris de toute logique. A moins que ce ne soit le début d’une partie de mikado filmée à l’envers, pour que toutes les baguettes éparpillées sur la table se réunissent et rejoignent en un clin d'œil la main du joueur. Troisième volet d’une trilogie inaugurée avec Le Septième Continent (1988), mais film parfaitement autonome, 71 fragments d'une chronologie du hasard associe images volées à la télévision et éclats de vies indifférentes, banales et tristes (...)
Peu à peu, on se laisse entraîner par le film, par ces rythmes contrastés, par ces ruptures qui paraissent sans justification autre qu’esthétique. Aucune tentative de justification sociologique, aucune psychologie et encore moins de sentimentalisme, aussi cruelles soient les images. Le cinéaste, lui, ne se laisse pas piéger, installant des embryons de suspense au hasard d'une scène anodine créant un climat de tension permanent, qui rend inévitable, mais toujours inexplicable, ce massacre final devant lequel les actualités télévisées ne pourront qu’exprimer leur impuissance à comprendre et même, simplement, à décrire.
L’enjeu majeur du film est de rendre aux images là signification que leur banalisation leur à fait perdre. Michael Haneke y parvient en rabâchant cette banalité, qu’il fouille sans relâche, dont il martyrise le défoulement, imposant de nouveaux rythmes, inventant un nouveau regard sur le monde. Il suffit, pour le suivre dans son entreprise, de regarder et d’écouter. Cela en vaut la peine. "
Pascal Mérigeau, 27/04/1995