"Quand Alain Resnais réalise Hiroshima mon amour, en 1958, sait-il que ce film va profondément marquer son époque et que certains spectateurs citeront volontiers des phrases du dialogue dans leurs conversations ? Le scénario lancinant et répétitif de Marguerite Duras est pour beaucoup dans cet aspect quasi hypnotique du film.
Le film commence par une étreinte. Les bras, le dos, le grain de la peau. Une Française, un Japonais. Et le reproche qui revient comme un leitmotiv: «Tu n'as rien vu à Hiroshima.» La femme se défend, elle énumère les endroits qu'elle a visités, pour elle, cela ne fait pas l'ombre d'un doute: elle a tout vu.
On voit l'hôpital, les longs travellings dans les couloirs, sur les lits, et on entend la femme qui psalmodie et répète qu'elle a visité le musée, les expositions. Elle a vu les photos. On voit des gros plans des blessures sur les visages, les cheveux qui tombent par paquets. Mais lui en est sûr: elle n'a rien vu. On se laisse bercer par cette voix douce à l'accent japonais épais, comme une musique. «J'ai vu les actualités, je les ai vues». La femme proteste, elle cherche à faire taire cette trop douce voix japonaise. C'est petit à petit qu'on voit les visages, elle a la beauté lisse d'Emmanuelle Riva, il est joué par un jeune premier, Eiji Okada."
Louis Skorecki