" On est dans un film catastrophe, mais Lars Von Trier transgresse toutes les règles hollywoodiennes du genre. Pas de scènes de foules paniquées, pas de séquences collectives, pas de villes qui s’effondrent, pas de flash-infos abrutissants. La grande et belle idée consiste à montrer le cataclysme mondial depuis une microcellule familiale, quasiment réduite à deux soeurs, vivant dans une bulle luxueuse.
D’où un splendide effet de contrepoint qui infuse toute la seconde moitié du film : la fin du monde approche, mais tranquillement, lentement, en douceur, dans un lieu où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Comme le dit le beau-frère, cette planète Melancholia semble “amicale”. Les signes avant-coureurs sont diffus, et poétiques : une pluie de pollens, un orage de grêle, des chevaux qui s’énervent, des doubles pleines lunes… Les deux soeurs changent au gré de l’évolution de Melancholia. La riche et installée Claire perd progressivement sa contenance et Lars Von Trier filme admirablement cette lente montée de panique. Justine de son côté semble aller de mieux en mieux, comme si le monde s’accordant à son humeur sombre donnait sens à sa mélancolie, lui procurant un sentiment d’équilibre paradoxal, une paix intérieure mortifère."
Serge Kaganski