" Alejandro Jodorowsky n’a signé qu’une poignée de longs métrages en quarante ans, mais sa notoriété est immense dans le cercle des amateurs de bizarreries cinématographiques. Il fut, dans les années 70, une diva de l’underground, véritable superstar dans les milieux artistiques de la contre-culture internationale. Ses titres de gloire sont El Topo et La Montagne sacrée, mais Santa Sangre n’a rien à leur envier côté hallucinations. Le producteur italien Claudio Argento, frère de Dario, proposa au cinéaste de mettre en scène un film d’horreur au Mexique. Jodorowsky accepta l’invitation sans pour autant affaiblir la folie de son imaginaire et se limiter aux règles du genre. Santa Sangre est une grande réussite de l’artiste panique, qui signe ici son film le moins ésotérique, tout en conservant un lien très fort avec la magie et la religion. C’est aussi son film le plus narratif et accessible, puisqu’il s’apparente à un mélodrame psychanalytique ou à un thriller fantastique, juste plus fou, sanglant et émouvant que 80 % des films du même genre.
Si les digressions, les provocations sont toujours aussi frappantes, Santa Sangre demeure un des plus inoubliables récits de folie et d’obsession du cinéma contemporain, dans la lignée des chefs-d’œuvre de Tod Browning, Freaks et L’Inconnu.
Le personnage central du film, aux différents âges de sa vie, est interprété par deux des fils du cinéaste. Le tournage devint un véritable exorcisme familial, une expérience émotionnelle et humaine dépassant, comme toujours chez Jodorowsky, l’unique domaine de la fabrication d’un film."
Olivier Père