" Mais voici le plus troublant : une fois établi que Laure est une fille, on continuera à « croire » en Michaël, comme les mômes du quartier. En ce sens, le film devient un passionnant traité de mise en scène, autant dire d'illusionnisme. De même que Céline Sciamma fait d'emblée exister, avec les moyens d'une petite production, la famille et les enfants qu'elle filme, Laure se montre experte à faire vivre Michaël, et avec trois fois rien. Un bermuda, des baskets, une expression de petit dur, de temps en temps. Le ruban rose que sa mère lui donne comme collier porte-clé ? Elle le remplace aussitôt par un lacet de couleur neutre. Elle observe que les garçons ôtent leur T-shirt et crachent pendant qu'ils jouent au foot ? Elle en fera autant le lendemain, après essais devant le miroir.
C'est l'ivresse et les affres de la création que l'on partage avec elle, poussée, dans le secret de sa chambre, à améliorer toujours plus la « véracité » de Michaël. Un après-midi de piscine se profile avec sa nouvelle bande d'amis : on la regarde, non sans effroi, fabriquer un slip de bain à partir d'un maillot de fille une pièce et glisser à l'intérieur de la pâte à modeler, façonnée en sexe masculin. Est-ce que ça marchera ? Est-ce qu'ils y croiront ? Et s'ils découvrent l'artifice, qu'arrivera-t-il ? Le film devient un thriller, un concentré d'angoisses et de terreur, alors qu'il n'y a à l'image que des enfants chahutant dans l'eau sous le soleil."
Louis Guichard