"Venise n’est pas en Italie est tout d’abord un roman publié en 2015, le premier qu’ait écrit Ivan Calbérac et qu’il a décidé de sortir sous forme de film. Qu’est-ce qu’il a bien fait! Tout d’abord, il y a dans cette comédie comme dans le gouvernement d’Emmanuel Macron un art du casting: Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Hélie Thonnat, Eugène Marcuse et Coline D’Inca. Si le christianisme a inventé la Trinité (ou la Trinité le christianisme, qui sait), Ivan Calbérac a inventé la Quintinité. La dive comédie dramatique française incarnée par cinq instances époustouflantes.
Oui, leur interprétation des différents protagonistes est simplement époustouflante. Elle épouse à merveille l’humanité des personnages. C’est bête à dire, mais ils sont pleinement humains, avec leurs vices, leur bonhommie, leur amour, leur beauté, leur bêtise, leurs franchouillardises, leurs chansons ringardes. Poelvoorde, comme on pouvait s’y attendre, excelle dans cet art comme il nous avait déjà séduit l’an dernier avec Au poste! et offre des scènes absolument cultes.
S’il fallait résumer le film en un mot, ce serait celui-ci: «tendresse». L’histoire a beau être très drôle, les parents très originaux, il n’en demeure pas moins que le spectateur ressort de la salle avec des étoiles dans les yeux, marqué par l’affection d’un grand frère pour son cadet, celle de parents marginaux mais aimants, celle d’une fille de crétin qui n’a de noble que le statut. Exploitant intelligemment la veine de Roméo et Juliette à la sauce moderne mais modeste, la passion adolescente que met en scène Venise n’est pas en Italie vient tout droit du cœur de Serge Reggiani, un artiste que l’on n’oublie pas."
Jonas Follonier