" Dans la première partie du film, on suit la manière dont Wajma et Mustafa flirtent à l’abri des regards. Les deux jeunes gens jouent avec les interdits, alors qu’eux-mêmes ont des gestes de tendresse furtifs, balbutiants. Ils s’arrangent pour se retrouver secrètement dans un appartement. Là, le garçon paraît un peu plus entreprenant. Mais leurs étreintes restent réservées. L’une des belles qualités de ce film est de faire sentir avec justesse ce qui les traverse : à la fois l’élan vers l’autre et la pesanteur de l’interdit.
Ils vont toutefois transgresser celui-ci. La scène d’amour n’est pas montrée, mais le moment qui suit, quand Wajma demande à voix haute s’ils auraient dû faire ce qu’ils viennent de faire. Les conséquences en seront plus graves pour elle que pour lui.
L’intelligence de Barmak Akram est d’avoir conçu Wajma comme un film avec de jeunes Afghans, tout aussi « modernes » que leurs homologues iraniens, et non pas sur la condition de la femme dans ce pays. Le cinéaste filme simplement et avec sensibilité ce couple en proie à des désirs, porté par des espoirs. Mais Wajma et Mustapha ont à faire avec une société aux représentations contraignantes, qui permet aux hommes de s’en abstraire alors que les femmes ne peuvent y contrevenir.
La dernière scène, déchirante, est aussi à mettre au crédit du film : elle « sauve » peu ou prou le personnage du père de Wajma, dont la conscience soudain déborde le rôle de tyran qui s’était imposé à lui. Wajma est décidément un beau film sur la responsabilité individuelle."
Christophe Kantcheff